L'attentat (extrait).

« … Que suis-je en train de devenir ? Que cherché-je à prouver, à justifier ? Et que savons-nous vraiment de ce qui est juste et de ce qui ne l’est pas ? Les choses qui nous arrangent ; celles qui ne nous conviennent pas. Nous manquons de discernement aussi bien lorsque nous sommes dans notre droit que lorsque nous sommes dans le tort. Ainsi vivent les hommes : dans le pire lorsqu’il est le meilleur d’eux-mêmes, et dans le meilleur lorsqu’il ne veut pas dire grand-chose… Mes pensées m’acculent, se jouent de mes états d’âme. Elles se nourrissent de ma fragilité, abusent de mon chagrin. Je suis conscient de leur travail de sape et les laisse faire comme s’abandonne à la somnolence le veilleur trop confiant. Mes larmes ont peut-être noyé un peu de mon chagrin, mais la colère est toujours là, telle une tumeur enfouie au tréfonds de moi, ou un monstre abyssal tapi dans les ténèbres de son repaire, guettant le moment propice de remonter à la surface terrifier son monde.
C’est ce que pense Kim aussi. Elle sait que je cherche à extérioriser cette horreur bourrative qui patauge dans mes tripes, que mon agressivité n’est que le symptôme d’une violence extrême qui sourd laborieusement en mon for intérieur en attendant de réunir les charges propulsives de son éruption. Si elle ne me perd pas de vue une seconde, c’es afin de limiter les dégâts. Mais mon jeu trouble la désarçonne ; elle commence à douter. »

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